Merci pour votre édito optimiste et rafraîchissant ! Turbotech me fait rêver et peut-être qu’un jour je pourrai essayer cette turbine. Patrick » « Je viens de recevoir le numéro de février. Très fort la couverture : Hélicos, regardons dehors ! Z’êtes devenus devins ou quoi ? Stéphane, après la collision de Washington » « Oui, nous prendrons la petite Lylou en stage ! Nathalie »
Voilà le genre de courts messages que nous recevons après la parution de chaque magazine et c’est notre récompense pour notre engagement indéfectible auprès de vous, depuis tellement longtemps. Ce qui ne veut pas dire que nous ne tirons pas parfois à côté de la cible, et qu’il ne nous arrive pas d’avoir le moral dans les chaussettes. Accordez-nous qu’il faut vraiment avoir envie d’avoir envie en ce moment !
Voilà pourquoi nous avons consacré une bonne part de ce numéro de printemps à nous aérer les neurones en traitant du voyage aérien, avec une destination magique comme Venise, une navigation en VFR de nuit à travers la France, et, enfin, le récit d’une escapade majuscule aux commandes d’un Cessna 206 de location, avec des lions et girafes au milieu de pistes de fortune.
Gardons à l’esprit que cette activité ludique qu’est le pilotage d’un avion ou d’un ULM est un moyen d’évasion extraordinaire, car il permet à la fois de se concentrer sur le moment présent, et d’éprouver un sentiment de liberté totale. La vie ordinaire continue, nos rêves et objectifs personnels restent réalisables en dépit des tensions, de cette angoisse qui vous a peut-être étreint lorsque le président de la République, dernièrement, a sollicité « notre force d’âme » face à la « menace russe ».
Il y a de quoi psychoter même si, personnellement, mon point de vue n’a pas changé depuis avril dernier, je ne crois toujours pas à la « menace russe ».
Je ne crois pas que les apparatchiks de l’usine de Lukhovitsy qui fabriquent Mig et IIyushin et qui, en 1997, nous ont ouvert leurs cœurs et quelques flacons de vodka, avant de nous emmener voler, ne soient plus du tout nos amis, de même que les pilotes et ingénieurs croisés ensuite, ainsi que les Davidovich et Palamodov qui ont guidé nos lecteurs en 2000 et 2007…
Par contre, j’imagine volontiers un retour à la guerre froide et à l’équilibre de la terreur décidé par les Poutine, Jinping, Trump et consorts, cette espèce d’état de guerre qui a tourmenté les plus lucides d’entre nous, au moins jusqu’à la chute du mur de Berlin. J’étais de ceux-là et ce n’était pas sans raison.
Voici un exemple qui donne à réfléchir : en 1978, de retour dans la vie civile après mon service militaire, j’avais lu une brève chez Air & Cosmos, dans laquelle le journaliste s’interrogeait sur le but d’une expérience réalisée par le CEV de Brétigny, à savoir l’évacuation en parachute d’un avion de ligne de type DC-8… J’aurais bien aimé apporter une réponse à sa question et, surtout, le remercier pour cette bonne nouvelle : grâce à lui, je savais maintenant que les pilotes de notre DC-8 de guerre électronique avaient trouvé la solution qu’il leur manquait en cas d’interception en territoire ennemi. Un problème qu’ils m’avaient confié une nuit où j’étais de permanence pour les accueillir à leur retour de vol. Ce jour-là, ils s’étaient fait peur et, du coup, il leur fallait trouver urgemment un moyen d’évacuer la vingtaine de civils et militaires se trouvant à bord, de manière à pouvoir, sans pertes humaines, faire exploser en vol la « preuve » afin que la guerre froide ne se transforme pas en guerre tout court.
N’est-ce pas un peu effrayant, tout cela ?
Autre mauvaise nouvelle, un Russe d’adoption nous a abandonnés ce mois-ci, notre président n’y est pour rien, il s’agit du chanteur Herbert Léonard, un écrivain et un dessinateur talentueux, un passionné par les avions russes au point de n’écrire que sur les avions de chasse soviétiques et russes : « une gageure à l’époque des erreurs volontaires dans le but d’intoxiquer le monde entier, y compris les Russes eux-mêmes », nous avait-il confié en 1995.
Un enthousiaste, Herbertovich, que Stéphanie Delamarre, une groupie extatique qui effectuait un stage de journalisme chez nous, avait réussi à ferrer, puis à ramener dans ses filets jusqu’à nos bureaux. Une pêche fructueuse, car nous avions pu réaliser un article sur l’auteur aéronautique, mais aussi parce que cela avait été l’occasion de l’installer à bord du Yak-52 de notre voisin Patrice Invernizzi, pour qu’il puisse passer quelques boucles et tonneaux, après qu’il nous soit apparu que le plus grand spécialiste des avions russes n’avait jamais volé sur un avion russe, ni même mis un pied en Russie !
« Quelques figures pour le plaisir, S’offrir ce qui n’a pas de prix, Un peu de rêve à notre vie, Et faire plaisir, Pour le plaisir… (chanson « Pour le plaisir » par Herbert Leonard).
Jacques CALLIES