Depuis de nombreux mois, nous vivons une période dramatique rythmée par la COVID-19 et les vagues d’assaut successives du virus. Les soignants, et plus généralement tout le personnel concerné par l’assistance aux malades, se donnent sans compter dans des conditions très difficiles tant sur le plan professionnel que personnel. Toutes ces personnes merveilleuses et admirables, au contact permanent des malades, font face, sauvent des vies, parfois au péril de la leur.
Sur l’aérodrome de Cuers, dans le Var, plusieurs pilotes et leurs amis, tous bénévoles, viennent de constituer une association dans le but exclusif de leur témoigner notre reconnaissance en leur offrant un baptême de l’air quelque peu exceptionnel. Il s’agit en effet de voler la « tête à l’air », en place avant d’un magnifique biplan au look rétro, mais moderne. À l’issue des vols, un déjeuner amical partagé avec les membres de l’association est offert aux bénéficiaires, leurs conjoints et leurs enfants. Mais avant de passer à table, à l’occasion d’une petite cérémonie, un diplôme d’honneur est remis à tous les bénéficiaires par une personnalité de la région. Ce diplôme d’honneur porte la photo et un mot de remerciement de notre marraine, le général Dominique Arbiol, directrice générale de l’École de l’Air.
Tout cela nécessite naturellement une structure, Daniel Muraro, le président de l’association qui pilote des avions depuis l’âge de 17 ans, a mis son hangar à la disposition du projet. Ce hangar est devenu un lieu convivial que nous avons décoré et équipé d’un vidéo-projecteur, de fauteuils, de chaises, d’un simulateur de vol… Une grande cuisine a également été installée pour la confection des nombreux repas.
Grâce à son expérience passée d’homme d’affaires, notre président a su trouver les sponsors, car bien que les membres soient bénévoles, tout cela ne peut fonctionner sans financement. Même limitée au département du Var, l’ampleur de la tâche est considérable : plusieurs milliers de baptêmes de l’air à réaliser. Comme nous n’organisons ces journées que le week-end, nous en avons pour plusieurs années !
Outre le parrainage du général Dominique Arbiol, nous avons aussi le soutien de la Patrouille de France. Daniel Muraro, un autre pilote, et moi-même sommes allés à Salon avec nos biplans les rencontrer le 22 juillet 2021.

Aérodrome de Cuers-Pierrefeu, dimanche 24 octobre 2021, 08h30
J’arrive sur le terrain où je retrouve Daniel et d’autres membres déjà présents. Lily s’affaire dans la vaste cuisine, entre les invités et les membres de l’association, c’est près de cinquante repas qu’elle doit préparer avec l’aide de quelques membres.
Nous sortons les avions et j’effectue la visite prévol du mien, un ULM FK12 Comet fabriqué en Allemagne. Pendant ce temps, les deux premiers soignants arrivent. Daniel les reçoit dans le coin salon du hangar, leur explique le déroulement de la journée, leur donne les consignes de sécurité, puis les accompagne vers les avions.
Ma première passagère est une infirmière de l’hôpital Sainte Musse, à Toulon, je l’aide à s’installer à l’avant et à mettre son casque. Sur l’autre avion, une réplique classée ULM du célèbre Stampe des années trente, Daniel fait de même. Autour, notre photographe et les familles prennent moult photos dans une ambiance fort sympathique.
Nous sommes prêts, Éric et Richard, qui assurent la sécurité autour des avions, font reculer tout le monde derrière les barrières.
— Personne devant !
Le moteur démarre et quelques minutes plus tard, lorsque tout est prêt, je roule vers la piste derrière le Stampe piloté par Daniel.
Les deux avions sont maintenant alignés côte à côte au seuil de piste, comme jadis quand j’étais pilote de chasse, je lève le pouce pour montrer que tout est OK, Daniel lâche les freins et, 15 secondes plus tard, je fais de même, quelques centaines de mètres suffisent pour décoller. Mon FK12 Comet étant plus rapide que le Stampe qui me précède, je le rattrape rapidement et vient me positionner en patrouille serrée à sa droite.
En ce début d’automne provençal, 2000 pieds au-dessus du massif des Maures, le paysage est somptueux et je suis heureux de partager ce moment magique avec nos passagers, d’autant que le vol « en décapotable » procure une sensation exceptionnelle.
Après cette première phase de vol en patrouille pendant laquelle nos passagères se font des signes de mains et prennent des photos, je m’éloigne de l’autre avion et propose à ma passagère de faire quelques évolutions. Les ULM ne sont pas certifiés pour la voltige, mais le Comet est particulièrement maniable, aussi, comme quand c’est le cas aujourd’hui, la personne devant a le cœur bien accroché, j’enchaîne virages très serrés et évolutions dans le plan vertical.
Ensuite, je propose à ma passagère de prendre les commandes en lui expliquant les rudiments des principes du pilotage, ce faisant nous nous approchons de la côte pour admirer les îles de Porquerolles, Port Cros, la presqu’île de Giens et le Fort de Brégançon. Mais une demi-heure, cela passe vite et le moment de mettre le cap sur le terrain est arrivé, sur la fréquence radio de Cuers, j’entends Daniel qui lui aussi s’annonce en retour vers l’aérodrome.
Je me présente à l’atterrissage par vent faible en ce début de matinée et j’arrive au parking devant le hangar en même temps que le Stampe. Une fois les moteurs arrêtés, Richard et Éric laissent tout le monde s’approcher. Le bonheur des infirmières qui descendent des avions et partagent leur joie avec leur famille fait plaisir à voir. Mais, rapidement, il faut enchaîner et mon passager suivant se présente. Il s’agit cette fois d’un infirmier travaillant dans un EPHAD.

Trois fois, Daniel et moi reprenons l’air. En cet fin octobre, il fait beau, mais le vent monte progressivement en fin de matinée et le dernier vol devient moins confortable pour nos soignants, sans parler de l’atterrissage qui devient plus délicat, le Comet étant l’avion le plus difficile à poser que j’ai piloté en plus de cinquante ans.
Pendant que nous volions, Jean a initié les enfants au pilotage de son simulateur, tandis que des films d’aviation, dont ceux de la Patrouille de France, projetés sur grand écran, ont distrait notre petit monde. Quelques membres de notre association ont aidé Lily en cuisine, tandis que d’autres ont installé les tables et tout préparé pour le repas.
Tout le monde a pris place à table, mais, avant de manger, Daniel, notre président, fait un petit discours, remerciant les soignants pour leur implication et tous ceux qui nous ont aidé dans ce projet. Chaque fois que possible, nous demandons à une personnalité régionale, telle que l’un des maires du département, de remettre les diplômes d’honneur, aujourd’hui, il s’agit d’un capitaine de vaisseau de la base aéronavale de Hyères, car Cuers, malgré sa forte activité aéronautique civile, est un aérodrome militaire dépendant de la base de Hyères. Les huit soignants bénéficiaires du jour sont appelés tour à tour et reçoivent leur diplôme d’honneur, puis une traditionnelle photo souvenir avec les pilotes est prise devant un avion.
Nous pouvons maintenant déguster l’excellent repas préparé par Lily, accompagné des vins offerts par un vigneron de la région, mais, surtout dialoguer, avec des gens remarquables et découvrir leur vie quotidienne au service des malades.
Par Patrick Féron, photos les Ailes de la Reconnaissance. Infos sur le site de l’association.
